Tu connais cette sensation quand tu ouvres un livre en t'attendant à un grand huit émotionnel et que tu te retrouves sur un manège un peu plus sage que prévu ? C'est exactement ce qui m'est arrivé avec The Score d'Elle Kennedy. Troisième tome de la série Off-Campus, ce roman m'avait été vendu comme LA romance universitaire incontournable, celle qui allait me faire fondre et me consumer en même temps. Et je ne vais pas te mentir, il y a des choses vraiment réussies dans ce livre. Des personnages attachants, des dialogues qui claquent, une plume fluide qui te fait tourner les pages sans t'en rendre compte. Mais est-ce que ça a été le coup de foudre littéraire que j'espérais ? Pas tout à fait. Laisse-moi t'expliquer pourquoi ce livre mérite quand même une place sur ta table de nuit, même s'il ne sera peut-être pas celui qui te fera veiller jusqu'à quatre heures du matin.
De quoi ça parle
On retrouve l'univers de Briar University, cette fac fictive où le hockey est roi et où les joueurs sont aussi doués sur la glace que dans l'art de faire craquer les filles. Cette fois, c'est Dean Di Laurentis qui est sous les projecteurs. Dean, c'est le tombeur de la bande, celui qui enchaîne les conquêtes sans jamais s'attacher, celui qui a toujours le mot pour rire et qui semble traverser la vie avec une désinvolture déconcertante. Mais derrière cette façade de séducteur invétéré se cache un garçon bien plus complexe qu'il n'y paraît, pétri de contradictions et de blessures soigneusement dissimulées sous une couche d'humour.
De l'autre côté, il y a Allie Hayes. Allie vient de rompre avec Sean, son petit ami de longue date, et elle est dans cette phase post-rupture où on oscille entre le soulagement et la panique totale. Comme elle le confie elle-même avec une honnêteté désarmante : "Je suis sous l'emprise de Sean McCall depuis ma première année à Briar." Se libérer de cette emprise, c'est tout l'enjeu de son parcours dans ce roman, et c'est aussi ce qui la rend immédiatement attachante. On a toutes connu cette sensation d'être enchaînée à quelqu'un par habitude plus que par amour, et Allie l'incarne avec une justesse qui fait mouche.
Quand Allie se retrouve à passer la nuit chez les gars de l'équipe de hockey pour éviter de croiser Sean, sa route croise celle de Dean. Ce qui commence comme une simple cohabitation de circonstance va rapidement évoluer vers autre chose. Des textos flirteurs échangés tard le soir, des regards qui s'attardent un peu trop longtemps, une tension qui monte doucement mais sûrement entre deux personnes qui n'avaient rien prévu de tout ça. Garrett, le capitaine de l'équipe qu'on connaît déjà des tomes précédents, joue les entremetteurs malgré lui en invitant Allie à rester, sans se douter qu'il vient de mettre en marche une mécanique sentimentale qu'il sera impossible d'arrêter.
Le décor est planté dans cette ambiance campus américain qu'Elle Kennedy maîtrise à la perfection. Entre les fêtes de fraternité arrosées, les entraînements de hockey intenses, les cours de droit et les drames relationnels qui se nouent dans les couloirs de la résidence, on est plongé dans un quotidien étudiant qui sonne juste et qui donne envie d'y être. L'auteure a ce talent rare de rendre ces vies ordinaires extraordinairement captivantes, comme si on y vivait nous-mêmes.
Les personnages
Dean Di Laurentis est sans doute le personnage le plus surprenant de toute la série Off-Campus. Au premier abord, on pourrait le réduire à son statut de playboy charmeur et un peu superficiel. Il est drôle, sûr de lui, parfois même agaçant dans sa manière de tout prendre à la légère et de détourner chaque conversation sérieuse par une blague. Mais au fil des pages, Elle Kennedy nous dévoile les fissures dans son armure. Son rapport compliqué avec son père, un homme autoritaire et manipulateur qui exerce une pression constante sur lui. Ses doutes sur son avenir, sa peur viscérale de l'engagement qui prend racine dans ce modèle paternel toxique. Dean n'est pas juste un beau gosse qui joue au hockey et collectionne les aventures. C'est un garçon qui se cherche, qui a une peur bleue de devenir comme son père et qui utilise l'humour comme bouclier contre le monde entier, y compris contre lui-même.
Allie, quant à elle, est un personnage rafraîchissant dans le paysage de la romance contemporaine. Elle n'est pas la fille timide et fragile qui attend qu'on vienne la sauver de sa rupture. Elle sait ce qu'elle veut, elle est directe, parfois même brutale dans son honnêteté, et elle assume ses choix sans s'excuser. Sa rupture avec Sean n'est pas un drame de fin du monde qui la laisse prostrée dans son lit avec un pot de glace. C'est une libération, un acte de courage qui la terrifie autant qu'il la galvanise. Et c'est cette force de caractère qui rend sa relation avec Dean si intéressante. Ils sont à armes égales, aucun des deux ne domine l'autre, et leurs échanges sont un véritable feu d'artifice verbal où chaque réplique ricoche sur la suivante.
La dynamique entre eux deux fonctionne parce qu'elle repose sur quelque chose de trop rare dans la romance contemporaine : le respect mutuel mêlé d'une attraction qu'ils essaient tous les deux de maîtriser. Ils se taquinent, se provoquent, se cherchent constamment, mais jamais de manière toxique ou déséquilibrée. Même Tucker, le colocataire fidèle et terre-à-terre de Dean, apporte une touche d'humour bienvenue et sert de miroir aux doutes de son ami. Le trio que forment Dean, Tucker et les autres coéquipiers donne au roman une dimension amicale chaleureuse qui ancre l'histoire dans quelque chose de profondément humain et crédible.
Ce qu'on a aimé
La plume d'Elle Kennedy est probablement le plus grand atout de ce roman, et possiblement de toute la série. Elle écrit avec une fluidité déconcertante, alternant entre les points de vue de Dean et d'Allie avec une aisance qui rend la lecture véritablement addictive. On ne voit pas les pages défiler, et c'est le genre de livre qu'on commence un soir en se disant qu'on va lire un chapitre et qu'on se retrouve à en dévorer cinq d'affilée, les yeux un peu rouges mais incapable de poser le bouquin. Les dialogues sont percutants, souvent hilarants, parfois touchants sans prévenir, et ils donnent vie aux personnages d'une manière que beaucoup d'auteurs de romance pourraient envier. Chaque conversation sonne vraie, comme captée sur le vif dans un salon étudiant.
L'humour est une vraie force de ce tome, peut-être même sa plus grande réussite. Dean est désopilant, et ses réflexions intérieures sont un régal absolu. Il y a cette capacité incroyable chez Elle Kennedy à mélanger légèreté et profondeur sans que ça sonne faux ou forcé. On rit d'une réplique de Dean, et trois pages plus tard, on a le cœur serré parce qu'il nous dévoile une blessure qu'on ne soupçonnait pas. Cette alternance entre comédie et émotion est parfaitement dosée, comme un cocktail dont on ne perçoit l'alcool qu'une fois qu'il est trop tard. C'est d'ailleurs dans un de ces moments de bascule qu'il admet l'effet qu'Allie a sur lui, avec cette vulnérabilité crue qui contraste si violemment avec son personnage public de séducteur décontracté.
Les scènes de tension entre Dean et Allie sont également remarquables dans leur construction. Que ce soit leurs échanges de textos tard le soir, ces conversations qui commencent par une vanne et finissent par quelque chose de bien plus intime, ou leurs confrontations en face à face chargées d'électricité, chaque interaction est traversée par un courant palpable. La montée en puissance est progressive, crédible, et c'est ce qui la rend si attachante. On ne tombe pas dans le coup de foudre instantané et artificiel. On assiste à deux personnes qui tombent amoureuses presque malgré elles, en résistant de toutes leurs forces avant de céder à l'évidence.
Enfin, le traitement du drame familial de Dean apporte une profondeur inattendue au roman. Sans trop en révéler, la relation entre Dean et son père est un fil rouge qui traverse tout le livre et qui donne au personnage une épaisseur considérable. Ce n'est plus juste une histoire d'amour entre deux étudiants séduisants, c'est aussi une histoire de construction de soi, d'émancipation et de choix douloureux. Et c'est peut-être ce qui distingue The Score d'une simple romance universitaire formatée.
Le spice level
Soyons honnêtes, et c'est pour ça que tu lis cette chronique. Si tu ouvres The Score en t'attendant à des scènes torrides qui vont te faire rougir dans le métro ou te forcer à retourner ton Kindle face contre la table quand quelqu'un s'approche, tu risques d'être déçue. Le spice dans ce tome est quasiment inexistant, et c'est d'autant plus frustrant que le livre est classé en dark romance. La tension sexuelle est bien là dans les échanges, dans ces textos qui deviennent de plus en plus suggestifs, dans ces regards appuyés qui promettent beaucoup. Mais quand vient le moment de concrétiser, le roman reste étonnamment chaste.
Les quelques scènes qui s'aventurent sur ce terrain sont expédiées sans réelle montée en puissance, comme si l'auteure avait choisi de couper la caméra au moment précis où ça devenait intéressant. C'est un choix que l'on peut respecter, mais quand on vient d'une lecture de Priest de Sierra Simone ou même de The Deal qui avait su doser ses moments chauds avec plus de générosité, le contraste est saisissant. The Score mise résolument sur l'émotion et la connexion plutôt que sur la chaleur, et c'est dommage pour une dark romance qui aurait pu explorer cette dimension avec autant de talent qu'elle explore le reste.
Le petit bémol
Mon principal reproche, et c'est ce qui empêche ce livre d'atteindre les sommets de la série, c'est le rythme dans sa deuxième moitié. Il y a des passages au milieu du roman où l'intrigue patine franchement. Les allers-retours entre Dean et Allie, leurs hésitations répétées, leurs doutes qui tournent en boucle comme un disque rayé finissent par créer une impression de surplace qui casse l'élan de la première partie. On a parfois envie de secouer les personnages et de leur crier d'avancer, de prendre une décision, n'importe laquelle. Pour un livre étiqueté dark romance, on s'attend aussi à plus d'intensité, plus de noirceur, plus de ce frisson délicieux qui te fait tourner les pages avec un mélange d'appréhension et d'excitation. The Score reste dans une zone de confort agréable qui, bien que plaisante, ne surprend jamais vraiment.
Verdict final
The Score est un bon roman de romance universitaire, solidement porté par des personnages attachants et une plume redoutablement efficace. C'est le genre de lecture parfaite pour un week-end pluvieux, un long trajet en train ou ces soirées d'automne où tu as juste envie de te blottir sous une couverture avec une histoire qui te fait du bien sans trop te bousculer. Je le recommande chaudement si tu es déjà fan de la série Off-Campus ou si tu cherches une romance feel-good avec une touche de profondeur et des personnages qui te feront sourire. En revanche, si tu cherches du spice intense ou de la dark romance pure et dure qui te retourne les tripes, passe ton chemin ou ajuste sérieusement tes attentes. Trois étoiles sur cinq, parce que c'est bien fait, souvent drôle, parfois émouvant, mais pas inoubliable.
Si tu as aimé, tu vas adorer
Si The Score t'a plu et que tu veux rester dans le même univers, fonce évidemment sur The Deal, le premier tome de la série Off-Campus. C'est là que tout commence avec Garrett et Hannah, et beaucoup considèrent que c'est le meilleur volet de la saga. The Deal offre la même ambiance campus chaleureuse, les mêmes dialogues savoureux, avec en prime une montée en tension qui fonctionne encore mieux et un équilibre entre humour et émotion qui frôle la perfection.
Pour quelque chose de similaire mais avec plus de piquant, je te conseille The Mistake, le deuxième tome, qui pousse la dynamique émotionnelle plus loin et offre un héros un peu plus torturé. Et si tu veux carrément changer de registre tout en restant dans la romance universitaire, tente Beautiful Disaster de Jamie McGuire. C'est plus brut, plus intense, plus sauvage, et ça ne laisse absolument personne indifférent. Promis, tu ne le regretteras pas.