Tu connais cette sensation quand tu te jettes sur un prequel avec une excitation folle, persuadée que tu vas enfin comprendre toute la backstory de tes personnages préférés, et que tu refermes le bouquin avec un goût amer en bouche ? C'est exactement ce qui m'est arrivé avec Just Wanna Be Your Brother, le tome zéro de la saga Ashes Falling for the Sky signé Gorman Nine et Guibé Mathieu. Je ne vais pas te mentir, ce livre m'a profondément déçue. Trop de triangles amoureux enchevêtrés, trop de secrets de famille qui s'empilent les uns sur les autres, et une intrigue qui manque cruellement de cette étincelle qui transforme une bonne lecture en véritable coup de coeur. Pourtant, il y a eu un rayon de lumière dans tout ça, un personnage nommé Zach qui a réussi à me toucher malgré tout le reste. Alors installe-toi confortablement, je t'embarque dans mon avis sans filtre sur ce prequel qui divise.
De quoi ça parle
Imagine un groupe de lycéens soudés par la musique, l'amitié et des liens qu'ils croient indestructibles. Au centre de tout ça, il y a Zach et Ash, meilleurs amis depuis leur première année de lycée, membres du même groupe de musique, inséparables au point que les gens se demandent parfois où finit l'un et où commence l'autre. Leur amitié est le pilier de cette histoire, le socle sur lequel tout le récit repose, et c'est à travers elle que les auteurs nous font entrer dans cet univers où chaque lien compte plus que tout.
Mais comme souvent dans les romances sombres, ce socle va se fissurer. Le récit nous plonge dans les secrets que chacun porte en silence, ces poids invisibles qui alourdissent chaque interaction. Ash est gay et cache ses sentiments, terrorisé à l'idée que la vérité fasse voler en éclats tout ce qu'il a construit avec ses amis. Autour d'eux gravitent d'autres personnages, dont Oli, un membre du groupe qui porte lui aussi le poids d'un secret similaire. Les révélations s'enchaînent, les non-dits s'accumulent, et les relations se compliquent dans un enchevêtrement de triangles amoureux qui finit par donner sérieusement le tournis.
Et puis il y a la mort qui s'invite sans prévenir. La disparition de Nanny, la grand-mère d'Ash, vient tout bouleverser comme une vague silencieuse. Ce deuil agit comme un catalyseur puissant, faisant remonter à la surface tout ce qui était soigneusement enfoui. Les masques tombent un à un, les émotions débordent, et les personnages se retrouvent face à des vérités qu'ils auraient préféré ignorer pour toujours. L'atmosphère bascule alors du récit d'initiation lumineux vers quelque chose de nettement plus sombre et douloureux.
Ce prequel pose les bases de la saga principale en explorant les origines des tensions entre les personnages. On comprend d'où viennent les blessures et les non-dits qui alimenteront les tomes suivants. Le cadre du lycée, entre répétitions de musique, soirées et couloirs chargés de regards appuyés, offre un terrain fertile pour ces histoires de premiers amours et de découverte de soi. Mais on sent parfois que le récit peine à se suffire à lui-même en dehors de la saga, comme s'il n'avait pas été conçu pour exister seul et qu'il avait absolument besoin des tomes suivants pour justifier son existence.
Les personnages
Parlons de Zach, parce que c'est lui qui sauve ce livre du naufrage total. Ce garçon est le genre de personnage qu'on aimerait avoir comme ami dans la vraie vie. Passionné de musique, loyal jusqu'au bout des ongles, il incarne cette bonté naturelle qui ne demande rien en retour et qui irradie autour de lui sans effort. Quand son ami Oli lui confie son homosexualité, la réaction de Zach est d'une simplicité désarmante et d'une humanité rare dans ce type de récit. Il accueille la confidence sans jugement, sans drama inutile, avec juste la dose parfaite d'empathie et de compréhension sincère. Zach, c'est le coeur battant de cette histoire, et je dois reconnaître que malgré ma déception globale, ce personnage m'a véritablement touchée. Il a cette lumière intérieure qui fait qu'on s'accroche aux pages quand il est présent, quitte à survoler les passages où il n'apparaît pas.
Ash, en revanche, m'a laissée beaucoup plus froide. Le personnage principal est censé être le pivot émotionnel du récit, celui avec qui on vibre, celui dont on partage les tourments les plus intimes et les doutes les plus profonds. Mais je n'ai jamais réussi à m'attacher véritablement à lui. Son secret, ses sentiments cachés, son tiraillement intérieur entre ce qu'il ressent et ce qu'il montre au monde, tout ça aurait pu être poignant si c'était mieux exploité et creusé davantage. Au lieu de ça, on reste en surface, on effleure ses émotions sans jamais vraiment plonger dedans. Il maintient une distance permanente avec le lecteur qui empêche toute connexion profonde, et c'est d'autant plus frustrant quand on sent que le matériau émotionnel était là pour créer quelque chose de véritablement bouleversant.
La dynamique entre les deux amis est intéressante sur le papier mais décevante dans l'exécution. On sent qu'il y a quelque chose de puissant entre eux, une complicité qui pourrait être explosive si elle était mieux exploitée, mais le récit ne va jamais assez loin dans l'exploration de ce lien si particulier. Quant aux personnages secondaires, Oli en tête, ils sont esquissés à grands traits mais manquent cruellement de profondeur. Ils servent surtout de faire-valoir pour les deux protagonistes sans jamais exister pleinement par eux-mêmes, ce qui est d'autant plus dommage que le cast avait un potentiel réel que les auteurs n'ont malheureusement pas su exploiter jusqu'au bout.
Ce qu'on a aimé
Même quand un livre me déçoit, je cherche toujours les pépites cachées dans le récit, et Just Wanna Be Your Brother en contient quelques-unes qui méritent sincèrement d'être soulignées.
D'abord, la plume. Gorman Nine et Guibé Mathieu ont un style fluide et accessible qui rend la lecture rapide et agréable malgré les faiblesses du scénario. Les phrases coulent naturellement, les dialogues sonnent juste, et on tourne les pages sans effort ni lassitude. Il y a une musicalité dans l'écriture qui colle parfaitement à l'univers du livre, où la musique est omniprésente et rythme la vie des personnages jusque dans leurs silences. On sent que les auteurs maîtrisent l'art de poser une ambiance, de créer ces petits moments suspendus dans le temps où l'émotion affleure doucement sous la surface des mots sans jamais forcer le trait.
Ensuite, la scène de la révélation d'Oli à Zach est sans doute le moment le plus réussi de tout le livre. Cette séquence capture avec une justesse remarquable la vulnérabilité d'un coming out entre amis, la peur viscérale du rejet, et la beauté simple d'une acceptation sans conditions. "Pour moi, ça ne change rien que mon pote soit gay, mais je me doute que pour lui il y a bien plus d'implications derrière cette confession." Cette phrase résume parfaitement la maturité de Zach et la profondeur de son amitié. C'est un passage qui sonne vrai, qui ne tombe jamais dans le pathos facile, et qui rappelle pourquoi la représentation authentique compte tellement dans la littérature contemporaine. Ce genre de scène, on aimerait en lire plus souvent.
L'hommage rendu à Zach lors d'une cérémonie au lycée constitue l'autre grand moment de force du récit. Sans trop en révéler pour ne pas gâcher la surprise, cette scène cristallise tout ce que le personnage représente et l'impact profond qu'il a eu sur son entourage. On comprend alors pleinement pourquoi "Zach était bien plus que mon premier amour. Il était mon ami, mon confident." Cette citation résonne avec une force particulière dans ce contexte chargé d'émotion brute, et je mentirais si je disais que je n'ai pas eu la gorge serrée en la lisant. Ces moments de grâce existent bel et bien dans ce livre, ils sont simplement trop rares et noyés dans un ensemble qui ne leur rend pas pleinement justice.
Le traitement du deuil et de la perte mérite aussi d'être salué. La disparition de Nanny n'est pas qu'un simple ressort dramatique posé là pour faire pleurer, elle ouvre une réflexion touchante sur ce qu'on laisse derrière soi et sur la façon dont un deuil peut révéler les failles dans nos relations les plus chères. Les auteurs dosent la tristesse sans jamais basculer dans le larmoyant, et cet équilibre délicat est suffisamment rare dans le genre pour être sincèrement apprécié.
Le spice level
Soyons honnêtes et directes, si tu viens chercher du spicy dans ce prequel, tu vas repartir sur ta faim. Just Wanna Be Your Brother est un tome zéro qui se concentre avant tout sur la construction des personnages et des amitiés, et le côté romance passe largement au second plan. Les scènes intimes sont quasi inexistantes dans ces pages, et quand il y a un rapprochement entre les personnages, il reste fermement ancré dans le domaine de l'émotionnel plutôt que du physique.
Ce n'est pas nécessairement un défaut en soi. Tous les livres n'ont pas besoin de scènes torrides pour fonctionner, et un prequel peut très bien se contenter de poser les fondations pour la suite. Le problème ici, c'est que même la tension romantique est sous-exploitée. On aurait aimé sentir cette électricité entre les personnages, cette attraction qui brûle sous la surface sans jamais s'exprimer ouvertement, ce frisson délicieux du slow burn qui rend les pages addictives et qu'on ne peut plus lâcher. Au lieu de ça, on reste dans une zone tiède qui ne satisfait ni les amatrices de tension contenue ni les lectrices en quête de moments plus explicites.
Si tu lis la saga Ashes Falling for the Sky pour les scènes qui font monter la température, considère ce tome zéro comme un long prologue nécessaire mais pas particulièrement excitant sur ce plan-là. La vraie chaleur viendra dans les tomes suivants, alors prends ton mal en patience et garde tes attentes pour la suite.
Le petit bémol
Mon plus gros reproche avec ce livre, c'est l'accumulation de triangles amoureux et de secrets de famille qui finit par étouffer complètement le récit. Le livre empile les rebondissements relationnels comme s'il cherchait à compenser son manque de profondeur par la quantité brute. Untel aime untel qui aime quelqu'un d'autre, pendant qu'un secret éclate et en révèle un autre, et ainsi de suite dans une spirale qui semble ne jamais finir. Au bout d'un moment, on perd le fil émotionnel, on ne sait plus pour qui vibrer ni quelles révélations sont censées nous surprendre, et l'ensemble devient nettement plus fatigant qu'addictif.
L'histoire souffre aussi d'un problème de rythme assez flagrant. Certains passages s'étirent sans raison apparente tandis que d'autres, qui mériteraient d'être développés et approfondis avec soin, sont expédiés en quelques lignes à peine. Le résultat est un récit inégal qui peine à maintenir l'attention du début à la fin et qui laisse un sentiment de frustration persistant une fois la dernière page tournée.
Verdict final
Just Wanna Be Your Brother est un prequel qui a le mérite d'exister pour les fans inconditionnels de la saga Ashes Falling for the Sky, mais qui peine à convaincre quand on le prend isolément. Si tu es déjà accro à cet univers et que tu veux comprendre les origines des personnages et la genèse de leurs relations, fonce sans hésiter, tu y trouveras des clés de lecture intéressantes et quelques scènes vraiment marquantes. Si en revanche tu découvres la saga par ce tome, je te conseille plutôt de commencer directement par le premier volume pour te forger ton propre avis sans être freinée par ce prologue en demi-teinte.
Je lui accorde un trois sur cinq, principalement grâce à Zach qui porte le livre sur ses épaules avec une grâce folle et à quelques scènes d'une vraie puissance émotionnelle. C'est un livre qui se lit vite, qui ne manque pas de bonnes intentions, mais qui s'éparpille trop dans ses multiples intrigues enchevêtrées pour laisser une empreinte véritablement durable. Pas le pire de la saga, mais clairement pas son meilleur moment non plus.
Si tu as aimé, tu vas adorer
Si malgré mes réserves cette histoire d'amitié intense et de secrets au lycée t'a parlé, je te recommande chaudement The Perks of Being a Wallflower de Stephen Chbosky. Ce roman culte explore avec une sensibilité incroyable les tourments de l'adolescence, la force de l'amitié et les secrets inavouables, le tout porté par un personnage principal inoubliable et une plume d'une sincérité rare. C'est tout ce que Just Wanna Be Your Brother essaie de faire, mais avec une maîtrise narrative qui élève le récit au rang de classique intemporel.
Dans un registre plus romance, Eleanor et Park de Rainbow Rowell est une pépite absolue qui mêle premier amour et réalités sociales avec une plume à la fois délicate et percutante. La relation entre les deux protagonistes est d'une authenticité qui prend aux tripes et qui reste longtemps en tête bien après avoir refermé le livre.
Et si tu veux rester dans l'univers de la dark romance française avec une montée en puissance garantie, le premier tome de Ashes Falling for the Sky est évidemment la suite logique. C'est là que les enjeux posés dans ce prequel prennent véritablement toute leur ampleur et que la saga révèle enfin son vrai potentiel.